Prologue :
L’espace profond semblait animé d’hostilité, de haine et de peur.
Dans les régions encore inconnues, des gens meurent…
Je savais déjà ce qui arriverait. Je n’avais aucun don et ne serais jamais une jedi, mais j’avais un esprit vif, et contrairement à beaucoup de politiciens, je ne cherchais pas à me convaincre que tout allait bien. C’était faux! Laissant promener mon regard dans l’Assemblée des sénateurs, je pensais que rien n’arrêterait ces tueries. Mon mentor y avait trouvé la mort… Je ne me sentais pas encore prête à faire face à mes nouvelles responsabilités. Mais je n’avais pas le choix et devait agir. Je scrutai la plateforme centrale, une sorte d’œuf transparent qui flottait au milieu de la salle toute blanche du Sénat Galactique. Au centre de l’œuf, le Chancelier se leva. J’entendis des murmures venant des sénateurs les plus proches. Certains semblaient favorables à cette réunion extraordinaire, d’autres beaucoup moins. Je savais que connaitre les opinions de mes collègues étaient une bonne chose mais résolument pacifiste et élevée par un père qui comptait les règles et les valeurs comme essentielles, je fis de son mieux pour ne pas tenter d’espionner les sénateurs. Le chancelier obtint l’attention de toute l’assemblée en ouvrant la coquille de l’œuf transparent. Je tournai mon regard vers mon assistant personnel. L’humain aux cheveux noirs et aux yeux de la même couleur dont les expressions étaient comme si souvent neutres était plus âgé que moi. Il devait avoir entre dix-huit et vingt-deux ans… Je n’en avais même pas seize. Le jeune homme hocha la tête et je me retournai vers le centre de l’Assemblée. Le chancelier avait fait élever l’œuf éclos et flottait maintenant au cœur de la bulle qu’était le Sénat. Il fit faire une rotation à l’œuf pour voir tous les sénateurs puis s’arrêta en face de la plateforme sénatoriale de Fona Li Koa, le système que je représentai depuis peu. Il me fixa de son regard calme mais assez froid et prit la parole de sa voix grave :
« Comme vous les savez déjà tous puisque nous en avons discuté lors du conseil d’urgence que j’ai organisé il y a deux jours, le système extérieur de Torgo Li a été pris pour cible par les séparatistes. Nous ignorons toujours pourquoi ce choix et nous en sommes tous navrés pour le sénateur qui représente ce système depuis plus de trente ans. La planète capitale du système, la seule assez grande et habitable pour permettre à une civilisation d’exister, a été attaquée par nos ennemis. Les dégâts des attentats, qui ont tous eu lieu dans la capitale planétaire, ont causé d’innombrables dégâts matériels. Pour cela, la République peut aider le système de Torgo Li, elle en a même le devoir. Mais pour procéder à cette aide financière conséquente, le Haut Conseil Economique de la République a besoin de l’accord du Sénat. Toutefois, si ce vote est très important, ce n’est pas l’unique raison de votre convocation en cette assemblée extraordinaire… Les dégâts humanitaires causés par les attentats sont inébranlables. Mais les cibles étaient des lieux publics pour la plupart. De nombreux civils sont morts. L’une des cibles était le parlement planétaire. Très peu des victimes ont survécu et il en va de même pour notre regretté Sénateur du système de Fona Li Koa. Envoyé en tant qu’enquêteur par le Haut Conseil de la Sécurité Galactique, officieusement, et invité du Roi élu de Torg, officiellement. Le Sénateur s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment selon l’enquête officielle, encore en cours. Mais peut-être pas réellement selon moi. Les cibles des terroristes étaient des lieux hautement symboliques de l’autorité Républicaine dans ce secteur extérieur. Le Sénateur était avec le Roi lors de l’explosion de la bombe du parlement. Le Roi est également décédé. Des élections vont avoir lieu dans le système de Torgo Li prochainement. Mais cela ne concerne pas actuellement le Sénat. Le sénateur du système, Joho Pal, peut toujours le représenter. Mais le Nouveau Roi devra ensuite confirmer son désir de voir le sénateur Pal conserver son poste de représentant du système stellaire au Sénat Galactique. D’autres élections auront également bientôt lieu et celles-ci concernent la République et le Sénat. Le Sénateur de Fona Li Koa mort, les habitants du secteur qu’il représentait doivent élire à la majorité son successeur. En attendant ce vote essentiel pour le Sénat de la République, le Secteur stellaire de Fona Li Koa sera représenté officiellement par la première assistante du sénateur et son élève : Venari Alta Liri. (Ma plateforme circulaire se détacha et je vis tous les regards se poser sur moi. A quinze ans, ce n’était pas vraiment facile…) Elle assure le remplacement du sénateur Roy Lorido. Elle est donc sénatrice par interim et ce jusqu’à l’élection du prochain sénateur de ce système. (Je hochai la tête et soutint son regard) En tant que sénatrice par interim, la jeune Alta Liri pourra, conformément aux lois républicaines, se présenter à ses élections malgré son jeune âge. Elle est d’ailleurs nominée d’office puisqu’elle est obligée de se présenter à l’élection.
- Une sénatrice de quinze ans à l’Assemblée Républicaine de Coruscant? Aboya un sénateur visiblement très conservateur.
- Venari Alta Liri est la remplaçante officielle du sénateur. Seule elle peut assurer cette fonction essentielle, je le rappelle, de représentante de son système natal. Fona Li Koa n’est pas un petit système, il compte une dizaine de mondes habitables. La plupart sont de petites lunes, souvent agricoles ou minières. Mais cela n’empêche que le système de Fona Li Koa a une importance majeure dans l’économie galactique – et donc dans la politique de cette même échelle. D’autres questions à son sujet ?
- Non aucune, grogna le sénateur, seul son âge m’inquiète. Ce n’est encore qu’une enfant…
- Je vais avoir seize ans dans quelques mois sénateur !
- Cela n’empêche que je doute de sa maturité.
- Mais le système de Fona Li Koa est déjà en train de prendre les mesures nécessaires pour un vote aussi important qu’aussi imprévu. Je vous demande juste de la considérer comme l’une des votre jusque-là. Est-ce trop demandé, sénateur Vog ?
- Non, chancelier Suprême, je me plierais à l’autorité des lois.
- Très bien. J’ai d’autres affaires à l’ordre du jour. Nous pouvons donc commencer… Je prie le système de Gyj de se détacher et de venir énoncer sa requête au Sénat. »
La plateforme se dégagea, elle se trouvait dans les niveaux inférieurs de la sphère et mit quelques secondes à atteindre l’orbite centrale. Le système de Gyj était pour la plupart des planètes habitées insectoïde. Seul deux mondes étaient peuplés d’humains et il s’agissait de colonies datant de seulement quelques siècles. Les deux seuls humains présents sur la plateforme avaient la peau sombre et servaient de conseillers et d’assistants. Ils restèrent à l’écart. Le sénateur, un insecte volant dont l’espèce était très peu fréquentable selon les dires, se leva et dit d’une voix calme quelque chose dans sa langue natale. Cela ressemblait plus à un bourdonnement qu’à des mots mais les modules linguistiques des traducteurs des plateformes sénatoriales étaient très performants. Des mots apparurent sur mon écran presque en même temps que mes oreilles percevaient les bourdonnements gênants que provoquait l’insecte. La traduction simultanée me permit de suivre le discours comme tous les sénateurs et le chancelier. Quand il eut fini, l’écran inscrivait toujours le discours en entier. Je restai assise dans ma plateforme qui s’était rattachée aux parois de la sphère. Le discours était on ne peut plus clair. J’avais raison au sujet de mes intuitions de politicienne. Et le sénateur insectoïde était du même genre que moi à ne pas s’imaginer des choses pour cacher la vérité : là, la véritable menace…
« Mon peuple a été victime de pénuries et meurt de faim. Nous devons obtenir une aide humanitaire d’urgence ou les ennemis de la République prendront tout ce qu’ils peuvent. Mon peuple n’hésitera pas à trahir la République pour se nourrir. Ils m’ont demandé de vous prévenir qu’une guerre dans mon secteur en ces temps de famine dévastatrice serait impossible à gérer. Et que mon peuple se rendrait immédiatement à l’ennemi. De plus, le Haut Maitre des Ruches m’a informé avant que la réunion extraordinaire ne commence que les ennemis ont déjà contacté mon gouvernement. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils n’arrivent avec toute l’aide humanitaire nécessaire à la survie de mon peuple. Et mon peuple les accueillera avec joie. »
Le chancelier soupira et répondit calmement à ce discours, qui s’avérait bien menaçant malgré le ton aimable du sénateur :
« Sénateur de Gyj, je me vois le devoir de vous rappeler et de rappeler à votre peuple que la République est en guerre. C’est aider des peuples comme vous qui s’avérera difficile. Mais nous ne vous abandonnerons pas pour autant.
- Chancelier, les ennemis de la République comme vous et tout le monde les appelle désormais ne nous pas ouvertement déclaré la guerre! S’insurgea une sénatrice caamasi. La considérer déclarée prématurément mettrait un terme à nos efforts de paix!
- Je comprends vos sentiments sénatrice, répondit le chancelier, mais qui d’autres que ces séparatistes auraient donc bien pu attenter à la vie de politiciens hauts placés dans le système de Torgo Li ? Je me dois de vous rappeler une fois de plus qu’un homme, un sénateur, est mort dans ces attentats…
- Je le sais bien chancelier. Mais déclarer la guerre est la dernière chose que nous devons faire. Tant qu’elle n’est pas déclarée, nous resterons en paix. Et la paix est notre but à tous. Notre peuple a toujours été et restera toujours pacifique. En honneur à nos ancêtres, morts sur Caamas pour leurs opinions pacifiques.
- Je ne rejette ni votre culture, ni votre foi en la paix sénatrice. Mais il est de mon devoir de chancelier de vous rappeler que nous ne pouvons plus discuter avec eux !
- Autant abandonner ce qui fait notre fierté depuis des millénaires, dans ce cas. Si la paix n’est plus. La République non plus. Nous, caamasi ne voulons être jugés par les autres peuples comme des lâches. Mais notre fierté et notre respect pour la paix sont trop grandes pour laisser se consumer l’idée que la paix puisse encore être sauvée. »
Le discours de la sénatrice me redonna espoir. Moi-même était résolument pacifiste depuis toujours... Malheureusement comme toujours les meilleurs orateurs ne peuvent convaincre tout le monde :
« Je trouve votre discours bien beau, sénatrice, encore faudrait-il qu’il est du sens. La paix n’est plus qu’une illusion. Et mon peuple ne se battra pas pour une illusion !
- Une illusion dites-vous? Seuls les mondes extérieurs sont touchés par ce mal. Le reste de la République vit toujours en paix. Et les survivants de mon monde en font partie. Je refuse de croire qu’on ne peut sauver la paix parce que deux ou trois mondes loin de Coruscant se sont fait attaqués et qu’un homme, même si c’était un sénateur, est mort accidentellement. La République ne doit pas déclarer la guerre. A qui que ce soit ! »
Mon monde étant proche de ceux qui avaient été attaqués, quand on considérait l’immensité de la Galaxie… Fona Li Koa était lui-même l’un des systèmes extérieurs. Et chez moi, à ce que je savais, aucune menace ne semblait se révéler. Mon monde, un système pacifiste peuplé par des humains bons et humbles était un paradis pour ce qui est de l’agriculture et des trésors de la terre, des pierres précieuses et des minerais se trouvaient en abondance dans les sols des lunes minières. L’économie était florissante comme la culture et peu de gens étaient insatisfaits du gouvernement actuel… Je n’avais rien à craindre au sujet de mon système. Mais l’allusion aux Mondes extérieurs fait par la caamasi me troubla plus que je ne l’aurais cru. Mon monde était loin de Coruscant et peu connu. Ça ne l’empêchait pas d’être important et riche. Tous les mondes extérieurs n’étaient pas inutiles à la République. Et c’est que disait le dernier discours de la représentante des survivants de Caamas. Mais j’étais d’accord avec tous ses autres arguments. Je voulais préserver la paix. Et si je n’aimais pas me bercer de douces illusions, je savais que la paix ne faisait pas partie de ces illusions. Seule la menace grandissante du danger était une illusion. Trop peu la prenaient au sérieux. Mais si le danger était réel, ça n’empêchait la paix de l’être aussi. Et le devoir de la République était de protéger la paix sans pour autant oublier le danger que nous courions tous. A l’époque, je pensais que c’était simple. Nous devions rester sur nos gardes tout en abandonnant pas nos valeurs pacifistes. Mais les conflits qui allaient s’abattre sur nous eut tôt fait de me faire comprendre que j’étais dans l’erreur… Et j’étais jeune. Je n’avais après tout que quinze ans, même si c’étaient déjà quinze ans trois quart…
Et comme ce sénateur l’avait dit : je manquais de maturité… Mais cela ne m’empêchait pas de savoir, même durant cette réunion, que les temps qui venaient seraient difficiles et j’ignorais encore à quel point j’avais raison !